Point G migrateur

mardi 16 avril 2019 4:26

Qualifiée de nécessaire à l’épanouissement personnel, la sexualité est de nos jours banalisée et tenue pour acquise, surtout lorsqu’il est question d’handicap physique.


Éloïse Longval-Labbé

Hôpital engorgé, employés dévoués et corridors bondés, c’est lors d’une opération risquée que Claudia Duchesne a perdu l’usage de ses jambes, alors âgée de 28 ans. Armée d’espoir et d’optimisme, la jeune femme est contrainte de changer sa routine, notamment au niveau de sa vie sexuelle.

Depuis sa naissance, Claudia Duchesne vit avec la maladie de l’Ollier qui se manifeste par la formation de nombreuses tumeurs bénignes qui s’accumulent partout le long de la colonne vertébrale. «En 2016, une de ces petites amies rarissimes a décidé de porter le cancer. Petites bosses devenues grandes, une chirurgie pour la retirer devenait une urgence. C’est alors que le 6 avril 2016, je me fis opérer pour extirper ce cancer», publie-t-elle dans le Huffington Québec. À son réveil, sa vie avait changée; elle était désormais paraplégique.

L’orgasme alternatif

Un an à la suite de sa chirurgie, elle publie le Journal d’une nouvelle paraplégique, tentant de montrer une réalité peu connue par notre société. «Un an à traîner une partie de corps que je ne sens pas comme la mienne. À ne pas ressentir le chaud, le froid, l’eau, le doux, la douleur et surtout à ne pas pouvoir apprécier la main de mon chum sur ma cuisse», exprime-t-elle.

Lorsque Claudia Duchesne eu conscience de sa nouvelle condition, sa vie sexuelle a changé du tout au tout. «Ça a été un long réapprentissage, je me sentais un peu comme une jeune fille qui découvrait sa sexualité pour la première fois», se confie-t-elle avec un sourire aux lèvres.

«Il y a beaucoup d’adaptations à faire étant donné qu’il y a une perte de sensibilité et une perte de mouvement», expose-t-elle avec nostalgie. Un deuil à faire pour la vie, Claudia Duchesne aura eu son dernier orgasme vaginal à l’âge de 28 ans.

Animée par les petits moments de la vie, la jeune femme trouve son plaisir ailleurs. Nombreux paraplégiques témoignent de ressentir leurs orgasmes autrement, dans des zones érogènes telles que les oreilles, les joues et même le cou. Celle-ci raconte avoir discuté avec une femme pour qui les jouissances auraient doublé d’intensité depuis sa nouvelle condition,  manifestées par des picotements au niveau de ses joues.

Le soir, en se couchant auprès de son amoureux, Claudia ne se met plus autant de pression qu’avant. «On n’a plus les mêmes objectifs sexuels, le désir de performance, je ne l’ai plus», spécifie-t-elle. Contrairement à cette idée préconçue de l’handicapé qui ne ressent plus rien, les paraplégiques possèdent autant de concupiscence. «C’est [toutefois] un changement de libido. Ce n’est plus une libido qui réponds physiquement, mais bien mentalement», évoque-t-elle, d’un air malin.

La société nous inculque un moule idéologique nous faisant voir les paraplégiques dépourvus d’activités et d’une vie sexuelle active, dénonce la trentenaire. «Le défi, c’est de se défaire de ces stéréotypes. Je peux et je suis une femme sexy qui a des désirs sexuels».

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