Atteindre des hauteurs à travers ses écouteurs

mardi 16 avril 2019 4:39

L’orgasme est défini dans le dictionnaire comme le point culminant de l’excitation sexuelle, mais il est possible de le vivre dans des circonstances dénuées de toute sexualité.


Par Mélanie Loubert

Si frissons, larmes de joie et vagues d’émotions sont des sensations intenses qui se rapportent à l’expérience orgasmique, certaines personnes affirment avoir vécu ces formes d’excitation simplement en écoutant de la musique.  

«D’un coup, j’ai juste senti comme un éclair et je me suis dit criss, je viens d’avoir un orgasme!», confie l’étudiant en communications à l’UQAM, Marc*. C’est en écoutant du jazz dans une soirée, qu’il rapporte avoir été pris par surprise par ce que les chercheurs préfèrent appeler «orgasme de la peau» ou «frisson», pour enlever à l’expression sa connotation sexuelle.

«L’orgasme de la peau ou le frisson musical est une sensation de plaisir à la fois universelle et variable, qui touchent différentes parties du corps humain et dépend de la personne et des circonstances dans lesquelles elle se manifeste», expliquent deux chercheurs de l’université Wesleyenne dans le Connecticut, Luke Harrison et Psyche Loui, dans une étude de 2014.

Marc soutient en effet que son expérience n’était aucunement sexuelle. «C’était vraiment très physique, dans le sens où c’était juste beau. C’était comme si tu essayais de mettre un couvercle sur un pot en ébullition. La seule façon de canaliser toute cette beauté, c’était par l’orgasme», explique-t-il.

L’origine du frisson

Le phénomène étant difficile à expliquer, plusieurs études ont été menées pour comprendre la nature même du frisson et les moments où il peut être déclenché. Les recherches sur la prévalence du frisson ont beaucoup varié et des études ont démontré qu’entre 55% et 86% de la population peut ressentir des frissons en réaction à une grande beauté dans l’art ou la nature.

Une étude menée par le Laboratory of Personality and Cognition à Batlimore en 2007 a démontré que les personnes les plus réceptives possèderaient un trait de personnalité nommé «openness to experience», soit l’ouverture à l’expérience. Ces personnes auraient une imagination inhabituellement active, apprécieraient la beauté et la nature, rechercheraient de nouvelles expériences, réfléchiraient souvent profondément à leurs sentiments et aimeraient la diversité dans la vie.

C’est en sortant des laboratoires et en rencontrant des artistes musicaux que le phénomène se concrétise davantage. Le groupe montréalais LENOIR est composé de deux artistes multidisciplinaires qui composent et jouent leur musique en plus d’écrire leurs textes et de produire leurs vidéoclips. Selon eux, le lien entre cette émotion sensuelle et la musique réside dans un partage de vulnérabilité et d’honnêteté. «Autant la sexualité se veut une certaine forme d’honnêteté envers une personne, à travers l’art, tu recherches la même chose», explique le chanteur David Oudom Chrun.

Du point de vue de LENOIR, une personne qui écoute de la musique est déjà dans un état plus sensible et réceptif. La magie peut alors s’opérer si cette ouverture a lieu autant chez le musicien que chez l’auditeur, car les cordes sensibles qui sont directement liées aux émotions sont plus facilement atteignables.

D’autres stimulants

Un détail a cependant été omis précédemment dans l’histoire de Marc. Lorsque celui-ci a vécu ses orgasmes musicaux, il était sous l’influence du cannabis. Cette information vient-elle discréditer son expérience? LENOIR ne le voit pas de cette façon. En termes de production de dopamine, «l’orgasme est une drogue», croit la formation montréalaise.

«Il y a certaines personnes qui ont besoin de certaines drogues pour en faire d’autres, mais la musique peut être cette drogue-là aussi», assure LENOIR en souriant. Pour Marc, la marijuana n’a été qu’une rampe d’accès vers une émotion plus forte qui aurait possiblement être provoquée par la musique à plus petite échelle, puisque un des effets de ce stimulant est l’augmentation des sens.

Obtenir un orgasme musical

Selon les chercheurs Harrison et Loui, les morceaux les plus jouissifs contiendraient des changements brusques au niveau des harmonies, mais aussi d’intenses crescendos ou encore des appoggiatures (des notes étrangères placées sur les tempos forts d’un morceau). Ils ajoutent que c’est en surprenant le cerveau que celui-ci réagit par des frissons. Beaucoup d’études telles que celle du professeur en psychologie sociale à l’Eastern Washington University, le Dr. Amani El-Alayli, ont été menées à partir du Concerto pour piano n°2 de Rachmaninov, un morceau reconnu pour ses harmonies complexes estimées propices à l’orgasme musical.

Par contre, l’expérience est propre à chacun et dépend des goûts et des points sensibles de l’auditeur, selon le groupe LENOIR. Pour les musiciens, l’émotion contenue dans la musique est bien plus importante que la composition théorique de la musique elle-même. «Si on n’a pas un orgasme auditif ou mental quand on produit la musique, on n’est pas en train de bien la faire!» insiste le groupe. L’expérience est au final très personnelle et il reste à chacun de découvrir ce qui les fait frémir.

*Nom fictif

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