Les sièges d’à côté plus excitants que le film

mardi 16 avril 2019 4:51

Que peut-il bien se passer sur les 400 sièges du Cinéma L’Amour, où résonnent à l’écran les cris de jouissance?


Par Étienne Robidoux

«C’est un cinéma où tout ce que vous pouvez vous imaginer se passe», confie l’administrateur du Cinéma L’Amour, Steve Koltai. Là où les interdits sont quasi inexistants, voyeurisme, exhibitionnisme ou simplement curiosité se côtoient dans le mythique lieu qui diffuse du contenu érotique depuis 1969.

Mercredi soir, vers 21h30, des films pornographiques aux scénarios sommaires se succèdent dans la salle obscure située au chevauchement de l’avenue Duluth et du boulevard Saint-Laurent, à Montréal. Sur les bancs arrière, une femme trans pratique, en alternance, une fellation à deux individus. Une dizaine d’hommes sont autour d’eux, certains se masturbent debout, les pantalons baissés, d’autres se contentent de regarder les films. La majorité a plus de 50 ans, mais quelques trentenaires s’y trouvent aussi.

«Les gens ne viennent pas pour le film, ils viennent pour l’interaction sociale», estime Steve Koltai, en entrevue au balcon, autour de quelques divans réservés aux couples. Celui-ci évalue que, chaque jour, entre 40 et 150 personnes s’assoient sur les bancs rouges de l’établissement acquis par sa famille en 1981.

Respect des limites

L’administrateur, qui est aussi le fils du propriétaire, assure qu’il n’y a pas d’autres restrictions que le respect et l’interdiction de drogue, d’alcool et de prostitution.

«Demande-moi surtout pas quels films on a vus, j’en ai aucune idée», avoue Lady Caliente, qui a visité l’endroit en tant que maîtresse d’un club de BDSM, il y a deux ans. «Ce qui m’a frappée le plus au Cinéma L’Amour c’est le respect, chose que je ne m’attendais pas à voir là», indique la cliente. Elle explique que, lors de son expérience, parmi la vingtaine d’hommes présents, certains ont été rappelés à l’ordre par d’autres spectateurs pour avoir tenté de toucher des femmes d’une manière non voulue.

L’employé d’un centre automobile Paul-André Quinn, qui s’y est rendu à deux reprises «par curiosité», a pour sa part trouvé que l’endroit «manquait d’ambiance». «Il y avait un couple qui était en bas, près de moi. Moi, je ne m’en occupais pas, je regardais le film», confie-t-il.

Transgresser l’interdit

«Légalement, le voyeurisme et l’exhibitionnisme ne sont pas permis. Il y a donc, peut-être, l’aspect de transgresser l’interdit [qui attire la clientèle]», croit le professeur de sexologie de l’UQAM, Simon Corneau.

La sexologue Iris Mariela Cruz Palafox, pour sa part, considère que la pornographie consommée en public peut combler non seulement des besoins sexuels, mais aussi sociaux, en étant en compagnie d’autres gens. Elle ajoute que cela pourrait contribuer à briser l’isolement que peut mener la consommation de pornographie en solitaire.

Pour Steve Koltai, il ne fait aucun doute que la clientèle marque le succès de son établissement. «S’il n’y avait pas de couples, pas d’action, on fermerait les portes», admet l’administrateur du cinéma. Celui-ci se dit ouvert à ce que la salle, qui accueille déjà des spectacles à l’occasion, varie ses activités au cours des prochaines années, tout en conservant sa vocation de cinéma pornographique.

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