Le 7e ciel : hors de portée pour certains

mardi 16 avril 2019 5:43

Le «septième ciel» est une expression héritée de l’Antiquité où l’on croyait à la pluralité des cieux. Être au septième ciel signifiait ainsi être le plus près des dieux et donc du bonheur, ce que l’on définit désormais par l’atteinte de l’orgasme.


Par Maïka Yargeau

Bien qu’il soit souvent question d’anorgasmie féminine, les hommes souffrent aussi de cette dysfonction sexuelle. Un phénomène méconnu, mais plus réel que le septième ciel.

La sexologue et psychothérapeute Anne-Julie Lafrenaye-Dugas décrit l’anorgasmie comme étant «l’incapacité à atteindre un orgasme». Elle explique que l’orgasme peut être biologique (une éjaculation) ou encore psychologique (du plaisir). La plupart du temps, les deux vont de pair, même si parfois, ils sont dissociables.

Le docteur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, Gilles Trudel, précise que l’anorgasmie est «l’absence ou la diminution importante de la fréquence de l’orgasme chez l’homme». Cette définition correspond à celle de l’éjaculation retardée dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), alors que l’anorgasmie est un phénomène si peu étudié qu’il ne possède pas sa propre rubrique.

Gilles Trudel, aussi psychologue et professeur titulaire au Département de psychologie de l’UQAM, apporte toutefois une nuance en expliquant qu’il est possible d’avoir des orgasmes sans éjaculer et vice-versa.

Se reprendre en main

Plusieurs causes peuvent justifier ce phénomène qui, d’après Gilles Trudel, pourrait toucher de 10 à 15 % des hommes. Mme Lafrenaye-Dugas, également candidate au doctorat à l’UQAM en sexologie, explique que les apprentissages ou ce qui vient du domaine de la fantasmatique peuvent mener à une anorgasmie. Un homme qui a toujours joui en procédant de la même manière ou qui fantasme sur des scénarios peu réalistes, par exemple, aurait sensiblement plus de difficultés à atteindre l’orgasme lorsqu’il est avec autrui.

Selon Dr Gilles Trudel, un échec sexuel précédent, une éducation rigide laissant peu de place au plaisir ainsi que des traumatismes sexuels peuvent tous être des facteurs menant à l’anorgasmie. Des causes biologiques telles que la prise de médication ou une maladie comme le diabète peuvent aussi mener à cette dysfonction, de même que l’anxiété de performance. Anne-Julie Lafrenaye-Dugas ajoute que la difficulté à se laisser aller et à vivre le moment présent, un besoin de contrôle ou une hyper vigilance peuvent tous être des facteurs liés à l’anorgasmie. «La pornographie amène beaucoup à se comparer et ça peut rendre les relations sexuelles décevantes», expose la finissante au baccalauréat en sexologie à l’UQAM, Amélie Ouimet. Mme Lafrenaye-Dugas décrit plutôt la pornographie comme étant «un facteur de maintien ou de cristallisation qui peut encourager une problématique déjà présente».

La lecture érotique peut être une solution à l’anorgasmie qui n’est pas un problème définitif. Les causes étant nombreuses, plusieurs solutions sont envisageables, telles que la masturbation ou la sexothérapie. Anne-Julie Lafrenaye-Dugas explique que la masturbation permet d’apprendre à son corps une nouvelle façon d’arriver à l’orgasme et Amélie Ouimet décrit la sexothérapie comme une manière de parvenir à comprendre et à régler le problème.

Il n’existe cependant pas encore de pilule bleue qui permet d’atteindre le paradis, comme le souligne Gilles Trudel.  

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