La nymphomanie : un handicap de l’amour

dimanche 13 novembre 2011 6:16

Par Marie-Ange Zibi

«C’est comme un mélange malsain entre le besoin de sexe et le besoin d’amour».  Pour Vanessa*, membre du groupe des Dépendants Affectifs et Sexuels Anonymes de Montréal (DASA), la nymphomanie est plus qu’un terme définissant une exacerbation du désir sexuel chez la femme; il s’agit de son quotidien.

La jeune femme s’est rendue compte qu’elle avait un problème à partir de l’âge de 24 ans. «Je ressentais souvent le besoin d’être absolument en contact avec une personne, raconte-t-elle. J’allais jusqu’à chercher dans la rue, n’importe où, un contact physique, même si ce n’était pas une personne que je connaissais. J’avais une relation sexuelle avec la personne après quelques heures.»

Agissant comme une véritable drogue, cette situation constitue un combat quotidien pour la jeune femme. «J’avais un besoin constant de rechercher l’intensité du contact, le buzz, l’effet euphorique, explique-t-elle. Le reste des choses autour avait beaucoup moins d’importance.» Ce côté obsessif de l’addiction affecte également son entourage. Vanessa se rappelle d’une situation où elle était en relation avec un homme et son frère en même temps. «Je voyais que ça avait blessé les deux personnes concernées et moi-même, mais c’était plus fort que moi. Je trouvais ça presque impossible de m’en empêcher.»

Travaillant dans le milieu médical, ce problème a souvent nui à son travail. «Je n’étais pas aussi concentrée parce que je pensais à ça. Ça a beaucoup affecté mon rendement.» Elle constate également des répercussions sur sa vie sociale. «Je n’arrive pas à côtoyer des hommes en tant qu’amis. J’ai plus d’amies féminines, raconte-t-elle. J’aurais aimé garder contact avec des anciens copains, de façon amicale. Certains en sont capables, mais j’en suis incapable parce que j’ai toujours peur de reprendre.»

Aujourd’hui âgée de 35 ans, la jeune femme considère qu’il s’agit, dans son cas, d’une véritable maladie. Elle fait partie du groupe DASA depuis maintenant dix ans. Ce groupe s’inspire du modèle de l’association des Alcooliques Anonymes pour traiter les dépendances affective et sexuelle.

Un mal psychologique

Cette dépendance est souvent sous-jacente à des maux d’ordre psychologique. «Ce qu’on appelle nymphomanie dans la société est souvent une quête d’affection. Ça peut être associée à des troubles de bipolarité ou encore à des troubles d’ordre psychoaffectif», explique Jocelyne Robert, écrivaine et sexologue québécoise. Contrairement aux idées préconçues, les personnes touchées vivent un mal intérieur car elles se forgent une identité à travers leur sexualité. «L’identité des personnes ayant ce type de dépendance forte passe souvent par le corps, affirme Mme Robert. Pour exister, pour s’accorder une valeur, elles considèrent qu’elles doivent être dans l’agir sexuel. Elles comblent leurs carences en utilisant la sexualité pour s’exprimer.»

Les personnes touchées sont souvent sujettes à deux facteurs opposés. «La femme nymphomane dans la société actuelle est souvent considérée comme très hot, soutient Mme Robert. D’un autre côté, elle est également jugée. Il s’agit d’une double contrainte dans la sexualité en ce moment qui est très anxiogène.» Bon nombre de spécialistes déplorent l’utilisation à outrance du terme  «nymphomanie».  Pour plusieurs sexologues comme Jocelyne Robert, il s’agit d’un mot utilisé dans la société pour parler d’un problème d’ordre plus profond, comme l’hypersexualisation.

*Nom fictif

Crédit photo : Raphaëlle Bonin

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