Préjugés sous sevrage

dimanche 13 novembre 2011 6:18

Par Louis-Philippe Bourdeau

« Quand j’ai commencé, je les accompagnais à la mort. Maintenant, je les accompagne à la vie ». Le visage du syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) et du virus d’immunodéfience acquise (VIH) a drastiquement changé depuis son apparition en 1981, rassure Joseph Jean-Gilles, président du groupe d’action pour la prévention et l’éradication du sida (GAP-VIE). Malgré les progrès médicaux qui redonnent espoir, le grand public continue de stigmatiser les personnes atteintes par le virus.

Pour le président de GAP-VIE, pas question de cibler un groupe précis quand la maladie entre en jeu. «Le VIH/SIDA ne discrimine pas! Tout le monde est concerné. Dans ce sens, ce n’est pas l’affaire d’un groupe précis, pas seulement des homosexuels, des toxicomanes ou des gens d’origines ethniques différentes», rappelle d’emblée M. Jean-Gilles. Au tout début, explique-t-il, la maladie était d’ailleurs nommée la maladie des quatre H : hémophile, homosexuels, héroïnomanes et haïtiens. Le sida, c’était la maladie des marginaux.

«C’est désormais une réalité bien plus positive qu’on ne le croit», soutient Guylaine Morin, travailleuse sociale spécialisée au centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine. D’importants progrès ont été réalisés en lien avec les soins pour les personnes atteintes du VIH. Pourtant, l’infection est toujours considérée comme fatale par plusieurs. «Les patients qui prennent connaissance de leur infection sont dans un état de honte. Il faut dédramatiser. Ils sont trop stressés de leur infection, c’est la fin du monde pour eux», rajoute-t-elle. Pourtant, un patient infecté par le VIH peut rester en bonne santé pendant plusieurs années. On parle uniquement du SIDA quand des maladies dites «opportunistes», comme la tuberculose ou une pneumonie, réussissent à s’attaquer au système immunitaire, alors sans défense.

Dans la province, les couples sérodiscordants – couple dont l’un des partenaires est atteint par le VIH – font face à un mur, à l’heure où les services de reproduction assistée requis pour assurer une grossesse saine ne sont pas disponibles. Mme Morin associe ce contexte à une ouverture «limitée» du réseau de santé québécois, et elle ne perçoit pas davantage de compréhension de la part du gouvernement, car «parler du SIDA ce n’est pas très vendeur.» En présence de ce dilemme psychosocial, plusieurs patients remettent en question la possibilité d’avoir une vie de couple normale et même d’avoir des enfants.

Pourtant, il n’a jamais été plus sécuritaire de le faire, selon Mme Morin. Pour les femmes désireuses d’avoir un enfant, il est rassurant de savoir que la transmission maternelle n’existe presque plus au Canada. «Avec un processus de traitement réalisé de façon optimale, sans allaitement, le taux de transmission atteint à Sainte-Justine n’est que de 0,02 %», ajoute-t-elle, rassurante.

De son côté, M. Jean-Gilles note qu’il y a quelques années, la présence de couples sérodiscordants était très rare, mais selon lui, la réalité est en train de changer. «Je rencontre de plus en plus de couples sérodiscordants et c’est la preuve qu’un travail a été fait, qu’il y a une sorte de conscientisation.»

Encadré : Une éducation marginale

Les cours d’éducation sexuelle ayant été abolis avec la réforme en 2001, le constat dans les écoles n’est pas très glorifiant. C’est en riant que M. Jean-Gilles explique son nouveau projet de sensibilisation… dans les églises de la métropole. «Il y a un paradoxe énorme. Alors qu’on ne parle plus d’éducation sexuelle dans nos écoles, on est en train d’en parler dans plusieurs églises protestantes de Montréal qui se sont ouvertes à l’idée.»

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