L’après-nucléaire, les hauts et les bas

dimanche 13 novembre 2011 6:23

Par Sophie Gillig

La catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a remis en question la dépendance mondiale à l’énergie nucléaire, amenant le nouveau premier ministre japonais, Yoshihiko Noda, à promettre une nouvelle politique énergétique d’ici 2012 au profit des énergies renouvelables.

«Les gens ne savent pas ce qui se passe, ce qui est sécuritaire», relate Karine Trépanier, qui s’est rendue au Japon dans la région de Fukushima en mai dernier pour un voyage de recherche. Selon elle, la situation est loin d’être rétablie. «Il en restait beaucoup à faire. Les personnes ramassaient ce qu’elles pouvaient dans les décombres.» Routes détruites, voitures broyées, maisons dont il ne reste que les fondations et déchets assombrissent le quotidien des habitants de Fukushima.

Dans cette confusion, le gouvernement Noda promet une nouvelle politique énergétique. Les énergies solaire et éolienne devraient être avantagées, selon le ministre des Affaires étrangères du Japon, M. Koichiro Gemba. Dans un discours du 5 septembre dernier, il évoquait l’importance des énergies renouvelables pour le Japon tout en affirmant vouloir en faire la promotion à travers la diplomatie économique.

Ces bonnes résolutions sont une stratégie largement faisable et préférable au nucléaire, selon le professeur de politique de l’environnement à l’UQAM, Maya Jegen. «Il serait économiquement trop lourd pour le Japon de remettre les centrales nucléaires à jour.» En plus de vérifier les réacteurs de la centrale, il faudrait également les remettre en état, réviser les mesures de sécurité et de prévention, ce qui serait un gouffre économique pour le pays, selon Mme Jegen.

Des alternatives doivent donc être trouvées pour couvrir le besoin d’électricité des Japonais, et l’éolien pourrait être un bon choix. «L’éolien fait toujours face à des problèmes de société, mais c’est une alternative sérieuse pour débloquer la situation», renchérit le professeur Jegen. L’explosion de la centrale de Fukushima a eu un impact sur les énergies renouvelables.» La catastrophe pourrait ainsi avoir des effets de changement sur la politique environnementale du Japon.

Un bouleversement pour le pays, dont 30% de l’énergie était produite par le nucléaire avant la crise. Il ne reste désormais qu’une dizaine de réacteurs fonctionnels sur un total de 54. Les autres sont soit endommagés, soit bloqués par l’opposition locale. Envisager d’autres formes d’énergie serait donc un choix plus technique que politique.

«Plus jamais de Fukushima»

Les manifestations anti-nucléaires ont aussi joué leur rôle. Les Japonais, d’ordinaire peu enclins à manifester, ont exprimé leur ras-le-bol face au gouvernement et leur méfiance quant au nucléaire. Alors que les premiers rassemblements réunissaient à peine 10 000 personnes, la manifestation du 19 septembre a mobilisé plus de 60 000 personnes, scandant «Plus jamais de Fukushima». Menée par des figures importantes de l’archipel comme le Prix Nobel de littérature en 1994, Kenzaburo Oe, et le musicien Ryuichi Sakamdro, la manifestation dénonçait également le manque de transparence et d’information du gouvernement.

Malgré les nombreux dégâts qui subsistent et la volonté d’investir dans les énergies renouvelables, le Japon poursuit ses négociations d’exportation de nucléaire avec des pays en voie de développement. Le gouvernement Noda n’y voit aucune contradiction, prétextant que le pays du soleil levant a tiré des leçons du tremblement de terre, notamment en matière de sécurité et de prévention. Les dernières mesures incluent des systèmes de sécurité non utilisés dans la vieille station de Fukushima. Il y voit également un moyen de relancer l’économie du Japon, au ralenti depuis mars. L’opposition politique japonaise, le Parti démocratique libéral, demande plus de débats autour de la question.

Si la dépendance du Japon au nucléaire ne cessera pas de sitôt, divers états européens manifestent tour à tour leurs réticences face à ce type d’énergie. L’Allemagne, entre autres, souhaite cesser progressivement le recours aux centrales nucléaires.

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