Une dépendance alimentée

dimanche 13 novembre 2011 6:25

Par Isabelle L’Héritier

«Trop de gens engagés par l’ONU ne sont pas là pour les bonnes raisons», dénonce Chantal Laplante, gestionnaire au Service correctionnel du Canada. Durant son séjour de six mois à Pétion-Ville, une riche  banlieue de Port-au-Prince, en Haïti, elle s’est heurtée à un malheureux constat. Certains membres des organismes à but non-lucratif (ONG) sont là davantage pour l’argent et leur visibilité personnelle,  l’intérêt du peuple haïtien n’étant pas leur priorité.

Des Haïtiens plus fortunés de Pétion-Ville ont vu, dans l’abondance de l’aide humanitaire, l’opportunité de faire de l’argent en construisant des supermarchés, des restaurants, des gyms et des boîtes de nuit destinés aux employés des organismes. Pourtant, les gens du coin ne pourraient jamais se permettre de fréquenter ces lieux. «Ceux qui détiennent ces commerces ont pour seul but de faire de l’argent sur le dos des coopérants, déplore Mme Laplante. Tristement, l’argent reste entre les mains de ces commerçants et ne profite pas à ceux qui en ont réellement besoin.»

Les injustices dans les milieux carcéraux haïtiens sont tout aussi flagrantes. Les détenus  s’en remettent à l’aide extérieure pour dénoncer leur situation et les aider à obtenir des procès justes et équitables. Mme Laplante s’est rendue à la prison civile de Pétion-Ville,  la seule prison pour femmes en Haïti, où elle a travaillé pendant toute la durée de son séjour. À son arrivée, elle se rend vite compte que parmi les 270 détenues, plusieurs d’entre elles sont emprisonnées pour des banalités.  Elles n’ont pas recours à des avocats et rares sont celles qui passent devant des juges. Nulles ne savent à quel moment elles sortiront de prison. «Le gouvernement se préoccupe peu du fonctionnement de ses prisons et laisse les détenues dans des conditions inhumaines. Elles sont 30 par cellule et vivent 24h sur 24 dans la pénombre à cause du manque d’électricité», relève la gestionnaire correctionnelle. Les détenues n’ont droit qu’à une heure de sortie et à un seul repas chaque jour.

De fausses promesses

Un autre aspect dissimulé de l’aide humanitaire frappe le Docteur Balseiro Estevez, membre de la mission internationaliste médicale cubaine en Haïti : le support médical incertain. «Plusieurs pays avaient promis de venir en aide au peuple haïtien, mais à peine 50% de cette aide a réellement été fournie», reproche-t-il. La plupart des médecins des autres pays n’étaient sur place que pour un mois, une période beaucoup trop courte pour fournir une aide considérable, selon lui. Optant pour une intervention médicale à long terme, des groupes de médecins cubains sont envoyés en Haïti depuis 1998, afin de venir en aide à la population et former des étudiants en médecine, qui resteront sur place hors des temps de crise.

En 2004, l’ONU vient en aide au gouvernement provisoire pour garantir un climat de sécurité et de stabilité. Depuis, l’organisation n’a pas quitté le pays et compte présentement plus de 13 800 soldats et policiers sur le terrain. «Le gouvernement d’Haïti dépend grandement de l’aide étrangère. Entre 80% et 85% du budget de fonctionnement de l’état provient de pays étrangers, explique Daniel Holly, professeur à l’UQAM et spécialiste en économie politique des relations internationales, lors d’une entrevue avec Carl Renaud pour la chaîne Argent en janvier 2010. C’est en raison de l’aide internationale que le pays arrive à survivre un temps soit peu.»

À la suite du tremblement de terre qui a dévasté Port-au-Prince le 12 janvier 2010, 300 000 blessés et 1,5 million de sans-abris sont dans le besoin et la situation ne fait que s’aggraver avec l’épidémie de choléra qui a déjà fait 6 600 morts. L’Organisation mondiale de la Santé déplore le manque vaccins fournis par le gouvernement. Elle estime que d’ici la fin de l’année 2011, le nombre de personnes infectées devrait grimper jusqu’à 500 000 cas.

Haïti peine toujours à s’en sortir. Selon Mme Laplante, le gouvernement devrait donner les moyens à sa population pour mettre sur pieds des projets qui permettraient la création d’emplois et la prise en charge de la reconstruction par le peuple haïtien qui détient les qualifications. «Après tout, c’est la population, qui connaît le mieux ses propres besoins, qui serait la mieux placée pour prendre la situation en main, contrairement aux Occidentaux qui viennent aider pour seulement quelques mois.»

Crédit photo : Bérengère Guais

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