Saoulé au Rom

dimanche 13 novembre 2011 10:50

Par Andrée-Anne Côté-St-Laurent et Isabelle St-Pierre Roy, co-chefs de section Internationale

Luxe. Soleil. Argent. Sur la Côte d’Azur, rien ne rime avec Roms ou «gens du voyage», comme on les surnomme gentiment. Aux yeux de la majorité, ils sont plutôt des nomades, des indésirables; termes prescrits selon la Loi pour la sécurité intérieure française de 2003.

Aux abords de la mer Méditerranée, il m’aborde doucement en me présentant des cartons de couleurs sur lesquels son grand frère a écrit. «S.V.P. un peu d’argent pour que moi et mon frère puissions manger.» Il, c’est Lorenzo, 12 ans, élevé dans la communauté Rom établie près de Nice.

C’est finalement assis côte à côte que nous avons pris le temps de discuter. Il a l’air stupéfait que je m’intéresse à lui. Lorenzo ne va pas à l’école. D’ailleurs, il hausse les épaules quand je lui demande pourquoi. Lassé par mes questions, il relance sa requête d’argent, où il reçoit 25 centimes de ma bourse presque vide. En quête de mots, j’achète ses maux, ceux d’un enfant oublié de la société, condamné à ne pouvoir s’intégrer et à subir, génération après génération, les préjudices dont étaient victimes ses ancêtres. Au lieu d’une vie de nomade, Lorenzo aspire à vivre comme les autres garçons de son âge. Il voudrait écouter la télévision, bien parler le français, savoir lire et écrire. Bref, avoir une vie d’enfant.

Des quelque dix millions de Roms présents en Europe, plusieurs longent les rails du train de banlieue entre l’aéroport Charles-De-Gaulle et Paris. Il s’agit d’un apéro à l’arrière-goût des déportations juives du siècle dernier, tel que dénoncé par l’Archevêque de Toulouse, Mgr Le Gall, qui souhaite que les Roms soient accueillis comme des frères.

Le président de la République française, Nicolas Sarkozy, branle des politiques de retour et d’acceptation des Roms dans leur pays d’origine, en sachant très bien qu’ils y seront aussi méprisés. Un discours plutôt hypocrite pour un homme né d’un père expulsé de son pays natal.

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