Fusiller le passé

lundi 14 novembre 2011 11:26

Par Vanessa Hébert, chef de pupitre National

Les initiatives du passé sont projetées dans les airs et abattues comme des pigeons d’argile. Harper tient la carabine. Dans sa mire: le registre canadien des armes à feu. Il appuie sur la gâchette. Pourvu que ça vole en éclats. Ne remerciez pas les conservateurs. Ça fait longtemps qu’ils planifiaient lui offrir une désintox au sens législatif.

Le drame de la Polytechnique frappe l’imaginaire du Québec en 1989 et érige les fondations du registre. Les Québécois y voient le salut de leur sécurité nationale. Plusieurs millions de dollars dépensés et 16 ans d’accumulation de données plus tard, les conservateurs, eux, n’y perçoivent que des futilités.

Maître chez lui, le Québec déclare qu’il poursuivra le registre. Pourquoi garder de la paperasse si inutile? Les conservateurs préfèrent en faire un feu de joie. Les Québécois chialent? Armes braquées, Harper vous sert sa spécialité. «It’s my way or the highway.»

La Gendarmerie royale du Canada lâche une bombe en 2002: dans la dernière décennie, les armes d’épaules sont utilisées pour 71% des homicides conjugaux. Pourtant, l’industrie de chasse et pêche exprime sa joie de voir la disparition du registre par la bouche de ses canons. L’équation est simple et absurde: moins de réglementation, plus de chasseurs. Les proies, elles, sont humaines ou animales. Pendant que les survivants du 6 décembre 1989 protestent, les conservateurs, eux, se contentent de faire une grimace au Québec. Ils éclatent de rire.

Un rire qui se teintera peut-être de jaune si les craintes des Québécois se matérialisent. Les conservateurs procèdent à un grand ménage, dit «économique», qui a le potentiel de grossir les tâches criminelles. Si la sécurité nationale est menacée, Harper aura-t-il l’audace de changer son fusil d’épaule?

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