ÉDITORIAL: Le jour où j’ai compris que j’allais mourir

mercredi 16 janvier 2013 7:51

Quand apprend-on aux enfants qu’ils vont mourir ? À la maternelle ? Au primaire ? À quel âge nous dit-on pour la première fois que «tout ce qui naît meure un jour, même toi»? Je ne me souviens plus à quel moment je l’ai entendu pour la première fois, cette leçon. Ce dont je suis certaine, c’est qu’elle ne m’a fait ni chaud ni froid à l’époque. Quand on n’arrive pas encore à saisir ce qu’est la vie, inutile de s’attarder à ce qui suit. Ce sont des réflexions de grandes personnes, tout ça.

Nous réalisons tous un jour que nous ne vivrons pas éternellement. Bien que, techniquement, nous le sachions depuis l’enfance, la réalité nous frappe inévitablement en pleine face en beau jour. Alors, le verdict tombe : «je vais crever et je n’y peux rien». Pour certains, les premières rides sont annonciatrices de la triste réalité. D’autres prennent soudainement conscience de la mort quand elle vient frapper à la porte d’à côté.

Je me souviens très bien du jour où j’ai compris que j’allais mourir. C’était cet été. J’étais dans la douche, l’endroit que choisit généralement mon esprit pour vagabonder. Je pensais à mon grand-père, décédé 10 mois plus tôt. Je songeais à lui et à ma grand-mère qui allait sans doute le rejoindre bientôt. C’est alors que ça m’est tombé dessus, sans prévenir. Le poids de la certitude m’a sans doute fait échapper ma barre de savon ce jour-là. Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi condamnée à mon sort qu’à ce moment précis. J’ai pleuré dans ma douche. Pour le principe. Recevoir une sentence à mort sans verser quelques larmes m’aurait paru insensible.

D’accord, je vous sers une réflexion un peu glauque, limite déprimante. Mes excuses à tous les matins ruinés. N’empêche, je n’aurais pas pu mettre sur pied l’édition « En mode survie » sans me replonger dans cette question existentielle. Quand on réalise qu’on n’est pas éternel, quand la mort devient soudainement la seule certitude de la vie, on sympathise alors avec le combat pour la survivance que livrent chaque jour des millions d’individus. On saisit pourquoi certains déploient des efforts titanesques à battre, d’une milliseconde ou d’un centimètre, des records olympiques. On comprend la quête désespérée des artistes qui tentent d’immortaliser leur séjour sur Terre à coups de pinceau ou de notes de musique. On sympathise (presque) avec notre voisin cinglé qui décide de se creuser un bunker dans l’espoir de survivre à une explosion nucléaire ou, pourquoi pas, à une éventuelle fin du monde. Tant de tentatives et de vaines manigances avons-nous imaginées dans le but d’éviter l’inévitable.

Depuis l’épiphanie dans ma douche, je ne me suis toujours pas faite à l’idée qu’un jour j’allais m’éteindre, moi aussi. En attendant d’avoir la même sérénité que mon grand-père sur son lit de mort, je crois bien que je me laisserai prendre au jeu de la vie éternelle. Y’en a qui courent, d’autres qui peignent. Moi, j’écris.

 

Camille Carpentier

Co-rédactrice en chef

1 Comment

  • Marie-Claude VINCENT

    Mon ami philosophe, qui a 85 ans, m’a dit : « Je peux dire que je suis vieux. Si j’ai la grippe, je peux dire que je suis malade. Mais ce qui est certain, c’est que je ne pourrai jamais dire un jour : Je suis mort. Je ne serai donc jamais mort. »
    Haut les cœurs, Camille ! Là est la vie éternelle !

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