Dans l’oeil d’une jetable

lundi 4 mars 2013 1:00

Par Catherine  Paquette

«Pt’être qu’au printemps ça ira mieux, mais mon hiver c’est dla maaaarde», qu’on dirait tous en ces temps de mi-session et de froid éternel. Même le Pape démissionne, toé chose. Moi, je rends grâce à l’Esprit Simple, qui m’a sorti de mon hébétude hivernale en me demandant d’ouvrir les yeux et d’attendre l’inattendu. Pendant que vous étiez occupés à espérer le printemps, moi, fière cobaye, je jouais les photographes 007.

 

Mission : flâner quelques heures à la recherche de drôleries montréalaises. Drôlerie pouvant être interprété de n’importe quelle façon. En trois lieux, les 24 poses de ma petite caméra bleue devaient rendre compte de comportements, d’objets ou de bâtiments qui attirent mon attention.

 

Humbles gadgets : une caméra jetable Jean-Coutu, pas mal de temps et des bas de laine à toute épreuve.

 

Pour moi, il n’était pas question de faire ça beau. Chaque seconde, mais surtout chaque pose compte, quand t’en a 24 et pas une de plus. Tu crinques, tu vises, tu cliques.

 

Jackpot

 

L’endroit le plus fascinant de tous : le Complexe Desjardins. J’ai fait le tour 46 fois de l’aire de repas, avant de conclure que pour les gens assis, c’était moi qui devenais une curiosité. J’en ai même vu qui doutaient de mon honnêteté. Mon orgueil de Bond girl en a pris un coup. Dévisager, c’est impoli. Mais là, c’était un jeu.

Il me fallait réajuster ma méthode et me fondre davantage à la masse. La solution était simple : faire comme tout le monde et me commander du chinois. À côté de moi, une genre de Dolly Parton 2.0 venait de repousser son assiette fake asiatique (sûrement pas trop fake pour quelqu’un habillé strictement de rose). J’ai pris le temps d’évaluer la rareté du sujet. Elle ne remarquerait jamais mon appareil, les yeux rivés à l’écran de son Blackberry, rose, les oreilles bouchées par ses écouteurs, roses. Il me fallait un prétexte pour me lever et prendre une photo, au beau milieu des gens attablés. J’ai fini par faire la touriste. Je me suis vivement intéressée à une statue présentant un cabaret rempli de nourriture. Son titre : Cabarus. J’ai ri un peu toute seule, avant de faire clic sur ma p’tite dame en oubliant le flash. Débutante.

 

[ Psst. Cabarus. Selon Google, c’est un nom de famille, même que Gladys Cabarrus, c’est une vedette guadeloupéenne des années 2000. ]

 

En tournant le coin, à quelques pas de Cabarus, le jackpot m’est tombé dessus. Ne faisant qu’un avec mon instinct, ma petite caméra m’avait conduite à un spectacle croustillant. Un corps à corps endiablé, presque illégal, se déroulait sur une petite chaise à quelque pas d’une tablée de Chinoises prudes. Un spectacle digne des Gags Juste pour rire. «Crinque, aweye, crinque la caméra», que je me suis dis en allant me cacher pour avoir un angle qui me permettait d’immortaliser le moment intime (mais drôlement publique) du couple. Trop tard, les amoureux s’étaient ressaisis. J’avoue que là, je n’étais pas trop fière de ma shot. Incompétente.

La rue principale

 

Rue Ste-Catherine, fin d’après midi, -20 degrés Celsius. Un homme en short flânait bêtement devant une boutique (l’air louche). Il buvait sa boisson énergisante. En me prenant pour 007, j’ai peut-être exagéré un peu, mais je l’ai trouvé bizarre. Il a jeté sa canette par terre. Ça lui méritait une photo. Je suis tellement observatrice que je n’ai jamais remarqué que mon cadrage comprenait aussi une image à caractère sexuel. Même dégueulasse, d’un point de vue féministe. C’est la caméra jetable qui me jouait des tours.

À peine dix minutes plus tard, après avoir constaté que le travailleur en orange ne surveillait pas constamment sa bouche d’égout toute grande ouverte, j’ai surpris une conversation de Français. Des grands manitous du Québec, qui semblaient en savoir plus que moi sur Montréal, me suivaient. Génial ! Je les ai laissé passer, pour mieux les talonner. Les problèmes de déneigement, l’organisation des festivals, pas de mystère pour les pros de la baguette. Ils n’ont jamais fait cas de ma présence et j’ai fait d’eux ma meilleure photo.

 

Du métro au Metro

 

En chemin vers une épicerie du Plateau, j’ai préféré m’inspirer de Mère Theresa. 15 minutes à grelotter aux côtés d’un artiste du métro, ça forme la jeunesse. J’attendais de pouvoir faire des statistiques sur la job d’artiste vagabond.  Je n’ai pas constaté grand-chose, sinon que si tu as l’air bien nantis et tu restes immobile à côté d’un défavorisé, tu fausses tes résultats d’étude sociologique. C’est moi qui attirais l’attention, encore une fois.

 

Au supermarché Metro du Plateau, il ne se passe rien. Sauf, paraît-il, des vols de bières individuelles.

 

Sur les 24 poses de ma caméra jetable, neuf photos se sont révélées potables au laboratoire du Wal-Mart. La Kid Kodak que j’étais, plus jeune, avait plus de succès. Je peux maintenant lever mon chapeau à tous les photographes ayant œuvré avant l’avènement du numérique. Mes conclusions de cobaye : flâner c’est merveilleux, observer c’est subjectif, et les caméras jetables, c’est de la dompte.

 

 

1 Comment

  • Christine Paquette

    J’adore! Tu es tellement drôle Catherine tu devrais écrire un roman!
    J’ai bu…ton article d’un trait !
    Merci pour ce bon moment de fraîcheur !

    Christine

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